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L'AVENIR DE LA GRANDE DISTRIBUTION
Philippe
MOATI
éditions
Odile JACOB mars 2001
L'ère de la croissance
extensive ou les trente glorieuses de la grande distribution !
La grande distribution
procède du fordisme qui permet d'écouler autrement la
marchandise vers le consommateur. Autrefois, l'ancien régime
organisait cette rencontre acheteur vendeur au moyen de foires où
distributeurs et producteurs se confondent. Avec la révolution
industrielle à la fin du XVIII, l'éclosion des négociants
peut paraître un prémisse de la grande distribution d'aujourd'hui.
Le taylorisme a favorisé la production de masse, et le fordisme,
la consommation de masse. Le problème à résoudre
alors reste géographique ( transports ) entre lieu de production
et lieu de consommation. Le progrès en matière de conserverie
notamment et l'éclosion de la bourgeoisie voient la naissance
des premiers grands magasins. C'est au XX ième siècle
que la consommation s'envole avec les grandes innovations que sont l'électricité,
le moteur à explosion... L'époque de ZOLA et du Bon Marché
dans lequel Mouret énonce le principe de la marge faible pour
un CA important n'est pas si lointaine dans la mesure ou ce même
principe est toujours en vigueur avec la GD d'aujourd'hui, avec également
les principes de dépersonnalisation de la vente par les étiquettes
de prix, les vitrines ( le face-à-face vendeur/acheteur se substitue
à celui du consommateur/marchandise ).
Au début des
années 60, le système économique fordien fait son
apparition en France, notamment grâce aux prises de pouvoir de
multinationales américaines dans les entreprises françaises
et à l'effort de reconstruction d'après guerre. Le marché
est alors immense ( seuls 35% des français disposent d'une automobile
en 1963, 40% d'une machine à laver ). Le développement
de la GD est indissociable de l'essor de la société de
consommation. Le commerce organisé et concentré est présent
dès 1960 à travers les succursalistes ( casino, la ruche
picarde, guyenne et gascogne... ). Cependant, le petit commerce de détail
indépendant ( sédentaires et itinérants ) représente
près de 65% des échanges."
que sert de produire au rythme de la locomotive si l'on distribue au
rythme de la brouette ? " L'état donne un coup de pouce à la GD par
la circulaire Fontanet de mars 1960 qui interdit les pratiques restreignant
la concurrence ( en effet les producteurs privilégient toujours les
petits commerçants qui représentent encore le gros de leurs ventes ).
Le pouvoir des industriels se trouve ainsi réduit. Apparition des média
et de la publicité. Le budget publicité a été quintuplé entre 1952 et
1972 en francs constants. Ainsi la relation producteur / consommateur,
totalement dépersonnalisée, retrouve une forme en la marque. Le libre
service est alors lancé. Le produit est standardisé " pré-vendu " par
la communication de l'industriel. La conjugaison de la mobilité, l'exode
rural, et de l'explosion des naissances ( 1960 - 1970 ) favorise la
création de zones de chalandise. Les gens travaillent loin de chez eux,
d'où l'achat d'un véhicule qui permet accessoirement de faire ses courses,
de prospecter ( on parle de couple réfrigérateur / véhicule ). Cet environnement
favorise l'essor de la GD ; c'est la course au prix et aux ouvertures
de nouveaux points de vente. Le parc crois d'environ 10% par décennie
pour arriver à 64% du poids total de la distribution. Le ticket d'entrée
à la construction de points de vente est faible ; d'où l'explosion tant
alimentaire que spécialisée ( sport etc… ). Dès 1970, la concurrence
s'accroît dû au nombre de grandes surfaces. L'argument prix s'impose
alors. La MDD ( née en 1901 pour Casino ) est une clé du discompte (
alors qu'à l'origine elle est le résultat d'une intégration verticale
). En 1976, Carrefour se positionne en MDD 1er prix. C'est une démonstration
de puissance et de désolidarisation des producteurs. Dès 1980, c'est
la crise : Saturation du potentiel de croissance avec une baisse de
la consommation ( choc pétrolier de 1973 ) et une part de marché de
quasi 100% de la distribution totale pour la GD. Il y a alors développement
de marchés nouveaux pour la GD comme les bijoux, l'informatique… Le
contexte est cependant bordé de limites perceptibles renforcées par
la législation plus contraignante. La GD est alors accusée de multiples
maux( désertification des campagnes, mort du petit commerce, activation
de l'automatisation et des licenciements ) et son rôle de régulateur
de l'inflation qui lui a jusqu'alors attiré les faveurs de l'état, va
se dissoudre. La loi Royer de 1973 est renforcée par la loi Raffarin
en 1996 qui fixe à 300 m2 l'autorisation CDEC. Et internet ? En 1998,
les ventes ecommerce représentent les ventes annuelles de deux gros
hypers ( 1,3 milliards de francs ) . En tout état de cause, le ecommerce
vient grignoter tout doucement un potentiel de croissance déjà rétréci.
Les racines externes de la crise se situent plus dans l'entrée dans
l'économie post-fordienne. En effet, la standardisation fait place au
" one to one " , à l'individualité de chaque consommateur. Les besoins
de base sont satisfaits. Il faut alors satisfaire les besoins supérieurs
: produits de meilleur qualité, segmentation des marchés, extension
des gammes, obsolescence des produits à cycle de vie court, suscitation
du multiéquipement ( deux voitures par foyer ) combinaison de produits
inter reliés ( télévision, magnétoscope, chaîne HIFI ). La consommation
de services est en plein essor. Le produit lui même n'est pas acheté
pour ce qu'il représente en tant que tel, mais pour le service qu'il
va rendre. Il ne s'agit plus d'offrir des produits mais des solutions
aux problèmes de consommation. Il s'agit donc de composer des " bouquets
". Les consommateurs sont de mieux en mieux éduqués, beaucoup plus qu'à
l'époque de la production de masse standardisée. Les besoins évoluent
vers le culturel, vers des produits en lesquels on peut avoir confiance,
qui ne donnent pas à réfléchir. Le consommateur est plus critique, moins
facilement " dupé " par des formes de promotions, plus au courant des
marchés. Le zapping des enseignes témoigne de cette faculté des consommateurs
à choisir le canal le mieux adapté à un besoin précis. ( 3,3 magasins
sont visités par un même consommateur en 1997 contre 2,7 en 1988 ).
Le consommateur est également très versatile, capable de reporter son
achat ou d'acheter par impulsion. " La grande distribution est donc
de plus en plus soumise à une demande instable dans son volume et dans
sa composition ". Le mode d'organisation fordien est donc remis en cause,
l'incertitude règne, celle de la demande du consommateur, celle émanant
de la technologie ou encore du champs concurrentiel mondial. On comprend
toute l'utilité fondamentale de la veille, de la flexibilité. Juste
à temps et EDI doivent jouer à plein dans les entreprises, mais cela
est rarement le cas. Les entreprises cherchent à faire porter les risques
par les tiers et cherchent à améliorer les compétences de leurs employés.
En effet, la flexibilité ne peut être obtenue qu'avec des hommes et
des femmes formés pour réagir et innover. L'innovation constante permet
de se différencier, notamment des industries des pays à faible coût
de main d'oeuvre. Les métiers évoluent et ne se différencient plus en
terme de production mais en " blocs de savoirs ". Les entreprises fonctionnement
de plus en plus en réseaux de coopération, donc pas simplement en face
à face achat / vente, mais en véritables partenaires afin de créer conjointement
de la valeur. L'entreprise " pense client ", " client du client ". Or
la grande distribution repose sur l'écoulement de produits de masse
standardisés, sur la dimension, sur un rapport de force avec les fournisseurs.
La GD se doit donc de réagir et de tisser des liens de partenariat,
de réfléchir sur son métier.
La tentative d'entretien
de la croissance extensive :
La diversification,
avec l'intégration verticale externe ( restauration, bricolage etc...
) est une forme de maintien de cette croissance. Cependant, seul Auchan
et Intermarché subsistent sur ce créneau stratégique, les autres se
recentrant sur leur métier. Existe également l'intégration verticale
interne par la création de nouveaux rayons. Les problèmes posés sont
multiples : la surface de vente ne doit pas s'étendre au détriment du
confort du consommateur et ne peut que rarement s'étendre en raison
des réglementations. Les nouveaux produits vendus sont souvent
à faible rotation, ce qui pose un problème financier important, et nécessitent
un conseil, ce qui éloigne encore la GD de son métier de base : promouvoir
le libre service ! L'internationalisation, avec le rachat de chaînes
à l'étranger ou implantation de magasins en nom propre à l'étranger
est encore une forme de maintien de la croissance extensive ( Leroy
Merlin réalise 25% de son CA hors de France, et Carrefour 50% ). L'internationalisation
se concrétise également au niveau des achats à travers des centrales
internationales. La croissance extensive est ainsi toujours recherchée
avec une pression sur les fournisseurs au niveau de la massification
des achats. Les centrales font leur apparition sur internet. Global
net change pour Carrefour, Sears, Metro, Sainsbury, Kroger et World
Wide Retai Excange pour Tesco, Kingfisher, Casino, Auchan... Ces centrales
sont utiles pour de grosses opérations de promotion concernant des produits
de base très standardisés. Les fournisseurs s'organisent de même avec
CPG Market pour Danone et Nestlé. A noter que les pays en développement
sont privilégiés par les distributeurs français qui reconnaissent là
les teneurs du marchés des années 60-70. Les distributeurs étrangers
quant à eux réinventent un nouveau commerce. Enfin, la croissance externe
par fusion acquisition suit une logique extensive. Toutes ces stratégies
ont cependant des limites naturelles :
Les nouvelles stratégies
de segmentation / différenciation
Il s'agit de prendre
de la distance avec les principes fondateurs de la GD. On peut définir
le positionnement stratégique d'une enseigne par rapport à quatre axes
:
- L'axe différenciation/prix.
La différenciation peut être obtenue par le marketing d'enseigne qui
génère une image de l'enseigne, l'offre de services ( heures
d'ouverture, SAV, parking handicapés... ), la différenciation de l'assortiment
de niches. La différenciation implique une segmentation de la clientèle.
Les stratégies de prix et de différenciation ne sont pas antinomiques
au sein d'une même enseigne. On assiste à la mise en place de politiques
de fidélisation, de merchandising par univers. Un problème réside dans
la contradiction différenciation / grande échelle ! Comment peut on
attirer un client particulier sans en effrayer d'autres, autres qui
seront nécessaires au fonctionnement pérenne d'une énorme machine. L'information
collectée sur chaque client joue alors un rôle important dans son utilisation
concrète, comme les mailings personnalisés.
- L'axe généraliste
/ spécialiste. On observe des tentatives de création d'îlots spécialisés
en grande distribution alimentaire ( problème de l'absence de marques
). Les spécialistes sont aussi très virulents et reconnus pour leurs
compétences dans leur domaine.
- L'axe produit / bouquet.
Des enseignes ont un assortiment fondé sur un produit générique et d'autres
sur un assortiment qui cherche à satisfaire un besoin global, à apporter
une réponse complète, et à " mettre en scène " cette réponse pour souligner
la complémentarité des produits. Cependant, cette complémentarité peut
être envisagée sous divers angles, divers points de vue de consommateurs,
d'où une gestion très complexe du merchandising de tels magasins. Le
concept de bouquets est cohérent avec l'achat de masse. Il revitalise
la fonction plaisir de l'achat.
- L'axe achat corvée
/ achat plaisir. La nature du produit indique souvent le type d'achat
( la réparation d'une voiture est une corvée quand son achat est un
plaisir ). L'aménagement, l'environnement contribue au plaisir. Le positionnement
achat corvée privilégie la simplicité du choix, l'aménagement des horaires,
la réduction du temps d'attente aux caisses... ( achat discompte, hard
discount avec la suppression de tout ce qui n'est pas utile ). Il est
difficile, voire dangereux d'allier achat plaisir et corvée. Exemple
avec Ikea : impossible d'acheter une petite pièce de rechange sans s'imposer
le parcours de tout le magasin. Enfin le e-commerce joue une carte importante
dans cette notion de plaisir/corvée.

Les nouvelles stratégies
: la révision des modes d'organisation
Il s'agit d'éliminer
chaque coût n'entrant pas dans la chaîne de valeur client. De même le
vendeur doit-il être très compétent et présent pour guider le client,
donc être formé, ce qui est un coût supplémentaire, mais utile au regard
du client. Le vendeur est un assistant dans la formulation de la solution
client. Leroy Merlin consacre par exemple 7% de sa masse salariale à
la formation ! Le vendeur se doit d'assimiler la culture de l'entreprise
et l'image qu'il doit ainsi véhiculer. Des équipes marketing se sont
constituées chez les distributeurs, analysent les panels, pratiquent
le géomarketing de façon à s'adapter au consommateur chaland, il épluchent
littéralement les informations collectées en caisse. Dans ce dernier
cas, la carte de fidélité est un atout supplémentaire pour la distribution
qui peut alors mettre un nom, une CSP en face du contenu du caddie !
On assiste à une "technisation" du marketing qui permettra au distributeur
de suivre une logique de vente plutôt qu'une logique d'achat. La logistique
doit s'améliorer pour éviter les ruptures, gagner en productivité. D'ou
le développement du micro marketing pour réagir aux imprévus. Le point
de vente doit alors être informatisé. L'EDI permet une réactivité immédiate
avec le fournisseur. 80 à 90% des échanges avec les plates-formes ou
hypermarchés s'effectuent par EDI, mais en 1990, seuls 15% des fournisseurs
( les plus gros ) sont équipés. Ce qui laisse peu de place pour les
PME pour lesquelles l'investissement est lourd. Internet change la donne
actuellement par sa performance et son moindre coût. A noter que certaines
plates-formes assurent une "différenciation retardée" par exemple en
assurant le conditionnement du produit ! Les rôles organisationnels
évoluent vers une centralisation. Une marge d'autonomie est conservée
par le point de vente qui souvent doit respecter un "tronc commun d'assortiment"
mais qui peut ensuite opter pour des produits complémentaires. Le personnel
intermédiaire est le plus touché par cette réorganisation, les chefs
de rayons notamment. Chez Carrefour, ils sont remplacés par des "responsables
d'exploitation" en charge pour leurs produits du marketing, des R.H.,
des approvisionnements. C'est l'apparition des category managers, véritables
responsables de centres de profit. Les relations avec les fournisseurs
sont donc modifiées puisqu'ils interviennent dans cette réorganisation,
tant au niveau logistique, qu'au niveau du marketing, du conseil, et
non plus uniquement au niveau du produit et de son prix. Cela implique
une concertation sur les changements organisationnels chez l'industriel
et chez le distributeur. En matière de logistique, l'ECR "efficient
consumer response" et la GPA "gestion partagée des approvisionnements"
traduit la collaboration fournisseur/distributeur. Le trade marketing
procède de plusieurs niveaux: la connaissance des consommateurs et la
mise à disposition de produits exclusifs, d'innovations. Les industriels
et la GD disposent d'informations complémentaires à échanger. A noter
qu'il existe environ 424 000 références dont 180 000 alimentaires, vendues
en GD. Le distributeur ne peut pas être un spécialiste de chacun de
ces produits !
La transformation de
l'appareil commercial:
La physionomie des magasins
doit changer et stimuler le désir d'acheter "comme sur un marché". Le
cadre extérieur du magasin est important dans la création de valeur
immatérielle pour le client. En témoigne l'architecture des nouveaux
centres commerciaux comme Val d'Europe en Seine et Marne. La taille
des magasins augmente, notamment pour présenter des "bouquets". C'est
ainsi qu'apparaissent des stratégies de réseaux au sein d'une même enseigne
avec souvent le réseau des supermarchés et celui des hypermarchés, ou
le réseau spécialistes et généralistes ( Carrefour Optique et Carrefour
). Afin de ne pas perturber l'image de l'enseigne, certains distributeurs
utilisent des noms différents ( Castorama et Brico dépôt ). La tendance
est également à la présentation virtuelle de produits avec la possibilité
de les commander. On évolue de "magasins entrepôts" vers des "magasins
vitrines" ou l'on choisit ses produits pour se les faire livrer ensuite.
L'espace de vente serait totalement consacré au conseil, au CHOIX PLAISIR.
On note, en matière d'urbanisme la prise de conscience que la redynamisation
des centres villes doit se faire avec la GD, complémentaire au petit
commerce.. Le centre ville présente certes des inconvénients ( parking,
circulation difficile, horaires de livraison…) mais les pouvoirs politiques
locaux évoluent et tentent d'intégrer le commerce dans les centres villes
( grâce quelquefois aux town center managers). Le centre ville s'établit
clairement comme une opportunité de développement pour la GD qui occupe
des zones périphériques aujourd'hui saturées. Là, la GD dispose d'un
cadre, d'une clientèle spécifique. Toutefois, la "polarisation spaciale"
attire de plus en plus de commerçants sur des zones à forte attractivité.
Plus il y a d'éléments adhérents, plus l'attractivité est forte. Les
indépendants sont en difficulté devant les intégrés, et cela notamment
à cause du "ticket d'entrée à la survie" très cher. La distribution
se doit donc de retrouver le commerce dans son métier. Le rôle de distributeur
existe certes toujours, mais il ne peut plus s'exercer sans création
de valeur réelle et reconnue. La valeur ajoutée commerciale trouve sa
légitimité dans des services connexes, qui sont en fait des solutions
aux problèmes de consommation, mais aussi dans la reconnaissance dans
le métier de sélectionneur de produits. En effet, le petit commerçant
d'antan savait sélectionner le bon produit du fournisseur pour le proposer
au bon client qu'il connaît si bien. La distribution n'a jamais exercer
se rôle et le laisse se remplir de lui même sans intervention particulière.
Le distributeur doit crédibiliser son expertise du besoin client en
écoutant ce client justement auquel il donne la parole, ou encore en
pratiquant un marketing d'enseigne très poussé et cibler sa clientèle.
Le distributeur doit également crédibiliser son expertise des produits.
Il propose des stages de formation aux clients, multiplie les bornes
interactives et autres fiches techniques et guides d'achat comparatifs.
Le distributeur engage souvent son nom, caution de sa crédibilité. Enfin,
le distributeur doit savoir construire l'immatériel de la consommation,
ce qui permet également de les différencier les uns d'entre les autres.
Dans ce rôle de production de valeur ajoutée, le distributeur pénètre
les terres des fabricants, notamment au niveau des marques (MDD qui
"emballent le bouquet" et crédibilisent la fonction de sélectionneur
et crée l'immatériel lorsqu'elle associe le nom de l'enseigne avec des
limites notamment pour les hypermarchés généralistes), mais aussi au
niveau de la production elle même. La distribution met en place des
contrôles, établit des normes et ainsi "pilote" la production. Le distributeur
crédibilise ainsi son rôle d'expert produit, ce qui peut aussi lui permettre
d'apposer son label, ou encore d'orienter le design des produits en
fonction de l'immatériel véhiculé par l'enseigne. Les relations fournisseur/distributeur
ont des raisons de rester conflictuelles. Vis-à-vis des très grandes
marques, la distribution peut difficilement contourner les fournisseurs
qui les produisent. Le rapport de force est donc bien présent, avec
une concentration extrême des producteurs qui se recentrent sur
leur métier de base, abandonnant leurs marques de deuxième catégorie.
Dans ce cas de figure, la distribution tente de se rapprocher des fournisseurs
dans des actions de partenariat, notamment au niveau du partage de l'information.
Le cas justement de ces marques de deuxième catégorie est problématique,
et leur salut peut se trouver dans la dernière catégorie, celle des
industriels sous traitants pour les MDD. Cette dernière catégorie est
cependant très fragile dans la mesure ou le distributeur peut remettre
en cause le contrat d'une année sur l'autre en dénichant très facilement
un prestataire plus compétitif. Il devient de plus en plus ardu de faire
la distinction entre distributeur et producteur, dans la mesure ou chacun
des acteurs interpénètre les métiers de l'autre. Le producteur peut
devenir "intégrateur" comme dans le marché automobile dont dépendent
de multiples métiers tels l'électronique, la mécanique… Il y a donc
les producteurs fonctionnels et les producteurs intégrateurs, offreurs
de "bouquets". Tels sont les distributeurs les plus avancés dans la
croissance intensive ! L'entrée dans le cybercommerce Chaque étape de
l'histoire s'écrit avec une technologie clé. La machine à vapeur entre
le XVI ème et le XVII ème siècle, le transport ferroviaire et le moteur
en 1880, l'électricité et la chimie avant guerre, l'automobile par la
suite… La cinquième révolution industrielle en cours est centrée sur
les technologies de l'information. Le commerce électronique autorise
de nouvelles perspectives en matière de distribution: - l'espace commercial
n'a plus de limites, les linéaires deviennent extensibles à volonté.
- le consommateur est maître de la situation, se renseigne, décide,
met en concurrence, se regroupe avec d'autres pour faire baisser les
prix… - le consommateur est parfaitement identifiable et il peut lui
être adressé des offres complètement personnalisées. - Le concept de
"bouquet" est particulièrement bien adapté à la vente par internet.
Le bouquet est en effet conçu par le consommateur lui même, et est souvent
composé de matériel et d'immatériel fourni par un réseau de producteurs.
Le rôle du distributeur serait alors cantonné à celui de livreur et
non plus de commerçant. - Le réseau internet est mondial alors que la
GD est encore peu internationalisée au regard de marchés comme l'automobile
etc… Comment vont donc coexister cybercommerce et GD ? Il semblerait
que cette relation puisse s'établir plutôt en termes de complémentarités.
En effet, l'acte d'achat peut présenter une valeur fondée sur des éléments
utiles et positifs que sont le plaisir d'acheter, le plaisir du contact,
l'utilité du produit… et des éléments inutiles et négatifs tels la perte
de temps, le déplacement… Le tableau ci-dessous démontre donc en quoi
commerce traditionnel et e-commerce sont complémentaires:
| |
se déplacer
|
consommer |
explorer |
acte de |
convivialité |
accéder
au |
| |
|
du temps |
toucher |
réflexion |
|
produit |
| magasin traditionnel |
--- |
--- |
++ |
- |
+++ |
+++ |
| magasin d'exposition |
--- |
-- |
+++ |
-- |
+++ |
-- |
| vpc |
++ |
++ |
--- |
+ |
--- |
-- |
| tv achat |
+ |
- |
--- |
++ |
--- |
-- |
| internet |
+++ |
+++ |
- |
-- |
-- |
-- |
Cette complémentarité
s'exprime par le fait que le e-commerce peut proposer des produits "rares"
et mettre à jour des niches, trop étroites pour être représentées en
GD. Le e-commerce permet aussi l'achat réfléchi et laisse l'achat d'impulsion
à la GD. De même permet-il de rendre l' "achat corvée" moins pénible,
laissant à la GD l'"achat plaisir". En fait, les deux formes de commerce
sont complémentaires à chacune des étapes du processus d'achat ( identification
d'un problème de consommation à résoudre, recherche du type de produit
ou service, achat du produit ou service ). Plus le consommateur est
autonome et plus il se tourne vers le e-commerce.

Ce schéma est
bien sûr relatif ( une personne peu mobile pourra acheter un meuble
sur internet ). Nous pouvons poser le raisonnement suivant: imaginons
que le consommateur se renseigne et teste son produit dans un magasin
"physique". Il peut ensuite, de retour chez lui, rechercher
ce même produit qu'il connaît maintenant et le trouver jusqu'à
20% moins cher sur internet! Le distributeur sera alors tenté
de réduire l'écart de prix, notamment en jouant sur les
stocks et le coût de la main d'oeuvre. Ainsi anéantira
t-il ses avantages de départ, ceux là même qui ont
amené le client dans le magasin! Quelles sont alors les répliques
possibles pour la GD: Elle doit s'appuyer sur ses forces, notamment
ses vendeurs qui doivent persuader le consommateur d'aller jusqu'au
bout de l'acte d'achat. Elle doit aussi faire en sorte de présenter
une offre exclusive à son magasin ou à son propre site
internet. On constate à quel point la marque propre (forcément
exclusive) jouera un rôle à l'avenir. Le site internet
du distributeur peut dans un premier temps véhiculer de l'information
et prendre contact avec le consommateur. Ensuite, il permettra de conclure
l'achat, ou d'aider le consommateur à choisir le produit avant
d'aller le chercher en magasin. Le e-commerce permet clairement de palier
le gel des extensions de surfaces.
Le contrôle du commerce
électronique
Il y a beaucoup d'acteurs
sur ce marché: des distributeurs, des producteurs, des entreprises nouvelles,
des entreprises intermédiaires. Pour réussir sur internet, outre un
projet original, il faut:
- une visibilité face
au consommateur, obtenue grâce à une adresse réfléchie, à une marque
caution, à un intermédiaire qui aura conseillé le site ( assistant d'achat,
système de liens, bannières, parrainages, moteurs). Le budget publicitaire,
incluant les media classiques s'élève à 1,6 milliards de francs en 1999
( la grande distribution investit 9 milliards pour un CA sans commune
mesure ! ). Les sites étant de plus en plus nombreux, la visibilité
est de plus en plus diffuse.
- Rassurer le consommateur.
A qui ai-je vraiment acheté? La sécurité de mon paiement est-elle vraiment
efficace? Que me livrera t-on réellement?… La réponse à ces questions
prend la forme de labels. Le consommateur fait aussi confiance aux noms
connus, tel Amazon par exemple et qui pourtant n'est pas le moins cher
des libraires en ligne.
- Une logistique irréprochable.
Les sites qui l'ont bien compris vont même jusqu'à garantir une livraison
dans la journée même de la commande! La logistique implique le stockage,
le colisage, le transport et l'édition de tous les documents nécessaires.
Notons deux exemples de chaînes d'hypermarchés: l'une stocke ses produits
chez un transporteur et lui sous-traite toute sa logistique. L'autre
fait intervenir ses magasins comme source d'approvisionnement et point
de départ de la livraison…
- L'intervention de
nouvelles relations avec le client. Le marketing traditionnel n'est
pas bouleversé. Cependant, la transposition ne se fait pas si simplement
auprès d'un consommateur peu stabilisé et maître du jeu. Comment utiliser
les techniques du merchandising sur internet ? L'ergonomie du site peut
les induire éventuellement… La patience des internautes se résume ainsi:
3 secondes pour la page d'accueil, 3 minutes pour trouver ce que l'on
cherche, 3 sites différents par recherche. Le consommateur veut pouvoir
"ressentir" le back office d'une société internet, savoir à qui il a
affaires. La communication avec le client est essentielle. Le développement
des web call centers est grand. Ils garantissent une réponse immédiate
et personnalisée. Internet permet également quantité d'opération post
achat: relance sur des produits complémentaires, avertissement de révisions
à effectuer etc…
- Des facteurs de compétitivité
cumulatifs. Il s'agit de prendre position avant les autres pour cumuler
les forces et affaiblir ses concurrents à venir. La compétitivité suppose
le franchissement d'une taille critique, la détention d'une marque forte,
la maîtrise de compétences spécifiques.
On le voit, les groupes
de distribution ont donc des atouts et des handicaps dans l'activité
électronique. Tout d'abord leur marque, qui rassure et confère une visibilité
excellente. Ils sont en mesure de proposer des "bouquets", chose impossible
pour des industriels, même ceux de type Danone ou Mars ( qui disposent
d'un site plaquette, non marchand ! ). Peu de starts ups ont réussi
à imposer une marque caution. Notons toutefois le problème des marques
d'enseignes à n'être que nationales ! De même est-il dangereux pour
une enseigne d'engager son nom dans une aventure qui peut mal terminer
et ainsi engendrer des retombées négatives sur les magasins physiques
du même nom. Vient ensuite la compétence logistique, indéniable en grande
distribution, notamment via leurs plate-formes et points de vente. Quant
à la gestion du back office et de la relation clientèle, là encore,
la grande distribution dispose d'avantages certains. Les groupes de
distribution savent à priori acheter et vendre ! Des handicaps de la
grande distribution peuvent toutefois être mis à jour. En effet, leur
implantation physique reste souvent nationale, et il leur est très long
et coûteux de s'implanter à l'international. De même leurs concurrents
étrangers pénètre t-ils en France grâce à internet et leurs magasins
deviennent ainsi la cible de rachats par des groupes étrangers. Les
grands groupes disposent certes d'avantages par leur expérience, mais
d'un handicap par leur taille et structure qui ralentit considérablement
les prises de décisions et les actions ( par rapport à des stats-ups
parties de rien et donc très mobiles et créatives ).
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